| J’ai entendu parler d’un animal extraordinaire,
entre le fossile et le vivant. Petite boule sèche que l’on
met à l’eau et à la lumière vive, qui
éclot et se développe vite – mi-crabe, mi-reptile
– le temps de pondre, tout seul ou à deux, et de mourir.
Cela aura pris quarante jours, il en aura fallu au moins soixante,
de sécheresse, pour que le cycle se perpétue. Il n’y
a pas de limites à son repli, il nous vient de loin, c’est
un contemporain des dinosaures.
Plutôt rappeler mes souvenirs pour annuler
le temps que de laisser ma pensée en proie au désarroi.
Raccourcir le temps pour donner aux images plus de résonance
encore, faire durer et bâtir.
Enfant, je me suis trouvée au pied d’une
tour gigantesque. Dans ce paysage désertique seuls quelques
cyprès donnaient la direction au regard. Au dessus de la
tour, un vol de vautours. J’avais là, en résumé,
le sens de la vie. Tour du silence, culte zoroastrien, exposition
des cadavres au soleil. Depuis, j’ai habillé le cyprès
d’un vêtement qui tient du taureau, du crabe ou de l’ange.
« Plus cintres que gibets, les
potences exploitées
stimulent l’envie d’endosser l’allure majestueuse
des idoles
tranquillement suspendues. Aux âmes vagabondes,
Hélène Lhote n’impose pas des résidences
:
Elle offre des manteaux. »
F. Monnin 1994
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