Hélène Lhote

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J’ai entendu parler d’un animal extraordinaire, entre le fossile et le vivant. Petite boule sèche que l’on met à l’eau et à la lumière vive, qui éclot et se développe vite – mi-crabe, mi-reptile – le temps de pondre, tout seul ou à deux, et de mourir. Cela aura pris quarante jours, il en aura fallu au moins soixante, de sécheresse, pour que le cycle se perpétue. Il n’y a pas de limites à son repli, il nous vient de loin, c’est un contemporain des dinosaures.

Plutôt rappeler mes souvenirs pour annuler le temps que de laisser ma pensée en proie au désarroi. Raccourcir le temps pour donner aux images plus de résonance encore, faire durer et bâtir.

Enfant, je me suis trouvée au pied d’une tour gigantesque. Dans ce paysage désertique seuls quelques cyprès donnaient la direction au regard. Au dessus de la tour, un vol de vautours. J’avais là, en résumé, le sens de la vie. Tour du silence, culte zoroastrien, exposition des cadavres au soleil. Depuis, j’ai habillé le cyprès d’un vêtement qui tient du taureau, du crabe ou de l’ange.

« Plus cintres que gibets, les potences exploitées
stimulent l’envie d’endosser l’allure majestueuse des idoles
tranquillement suspendues. Aux âmes vagabondes,
Hélène Lhote n’impose pas des résidences :
Elle offre des manteaux. »

F. Monnin 1994

 

Peu à peu le souvenir se transforme et donne naissance avec le travail qui se construit, à toutes ces formes étranges que l’on croit identifier mais qui sont autres. C’est cela aussi le geste d’immortalité, un peu comme celui des phasmes qui se confondent aux feuilles mortes pour survivre.

Hélène Lhote 1998

 

 

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