| A y regarder de plus près, un cocon de
chenilles processionnaires n’a pas la douceur et l’innocence
qu’il promet. Son contenu est du vitriol. A le voir se balancer
parmi les aiguilles de pins, je pense à mes Cocons miroitants,
tels des ruches bourdonnantes nichées aux creux des charpentes,
qui éclatent en une myriade de reflets turbulents. Dans l’obscurité,
ces chrysalides denses et ramassées, apparemment inertes,
répandent dans l’espace une multitude de signes lumineux
se déformant au gré des parois en faisant fi des obstacles.
Le visiteur, caressé par ces signes, s’interroge sur
ce qu’il perçoit, sur la source de cette clarté
dans l’ombre : l’œuvre devient cet ensemble
immatériel et ne se réduit pas au seul objet fait
de miroirs taillés, gravés, soumis aux rayons lumineux
d’un projecteur.
La réalité vacillante est source de
questions : quelle densité, quelle matérialité ?
Ma tentative n’est pas celle d’une représentation
contrefaite d’une réalité dont je doute mais
celle d’une pure création qui donnerait du monde cette
acception qu’il n’y a pas de réalité fidèle
aux apparences et que le spectateur participe à la création
de l’œuvre à partir de fragments épars
qu’il rassemble, consciemment ou inconsciemment, tel un rébus
qui viendrait enfin prendre sens. Mais lequel ?
Hélène Lhote 2004
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