| Serait-ce le souvenir des danses sacrées
des derviches tourneurs à Konya, près du mont Taurus
qui marqua de son rythme l’œuvre d’Hélène
Lhote ?
Un bras tourné vers le ciel, un autre vers
la terre, sans relâche, le danseur tourne et décrit
des cercles. Cercles qu’elle décline dans ses tamis-
oculaires ou dans ses œuvres installées du sol au plafond
qui ondoient et offrent au spectateur une pause à la fois
méditative et vertigineuse.
« Mais qu’en est-il de notre regard
aujourd’hui ? Que lui donne-t-on à voir ? Dans cette
incommensurable somme d’images à identifier quotidiennement,
notre œil tient son rôle de capteur-médiateur,
fonction relai vers le cerveau : il évitera heureusement
à certains de passer au feu rouge.
Hélène Lhote interpose ses objets
entre la lumière et le spectateur, provoquant ainsi chez
lui des stimuli originaux, inhabituels, propres à éveiller
l’acuité des sens. Hormis le fait qu’H.L. ne
néglige pas le toucher – et parfois même l’ouïe
– ses préoccupations plastiques semblent toutes concentrées
vers le plaisir de l’œil. Pour elle, la jouissance de
la vue ne se satisfait pas de simplicité formelle. Elle élabore
des pièges visuels où des trames superposées
créent des irisations, des moirures – réminiscences
des moucharabiehs de son enfance rendant l’espace paradoxal.
Le choix de ses matériaux a l’exigence de la qualité
de ses œuvres : l’émail sur métal pour
l’éclat et la profondeur de la couleur – les
jeux d’ombres portées, de reflets et de transparences
grâce au verre, aux miroirs et l’on pense aux céramiques
persanes ou ottomanes recouvertes de glaçures intensément
colorées, aux miroirs tapissants des intérieurs persans.
Un art « tape-à-l’œil »
certes, moins rigide que chez les cinétiques, plus voluptueux
dans sa forme et complexe dans son rapport à l’espace.
Elle ne cède jamais à cette manière contemporaine
qu’est l’esthétique de l’ébauché
ou de l’inachevé, allant toujours au bout de son travail
se souciant de la finition de l’œuvre jusqu’à,
s’il y a lieu, en investir l’envers – car l’œil
peut tout voir. »
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