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| Hélène Lhote
Chemins de traverse
Envie de traverser et de rebondir. Besoin de plus
loin, désir d’au-delà. La surface des choses,
l’apparence des présences, l’évidence
des énoncés ? Hélène Lhote leur préfère
l’énigme des profondeurs et le mystère des auras.
Depuis 1997, elle expérimente sans cesse,
à partir d’objets trouvés ou fabriqués,
des techniques d’assemblage. À la maîtrise
je préfère l’exploration. Je joue avec mes découvertes.
Chacune permet d’accentuer des percées et de sublimer
des reflets.
Elle parle de ce qui casse ou se révèle
incompatible, de la bagarre qui prélude à
l’harmonie. Les choses s’organisent bien si
tu les écoutes. Les formes arlequines qui s’imposent
finalement sont parfois mobiles, souvent articulées. Radieux,
chacun des modules qui les composent puise une part de son énergie
dans la manière dont il est relié aux autres, en un
point de contact usiné jusqu’à ce qu’il
paraisse naturel et qui constitue une allégorie de la rencontre
providentielle.
Avant, Hélène Lhote était peintre.
Elle brouillait l’espace en traçant des trames, ou
en isolant et répétant un même motif simple.
Ainsi mis en scène, lui aussi induisait un rythme alternatif
; un clignotement. Déjà, il ne s’agissait pas
de représenter la tangibilité du monde mais d’en
révéler la relativité.
Je vis dans un monde où on ne sait jamais
où on met les pieds. Je suis toujours dans le doute de ce
qui est. Toujours, cela se traduit en beauté. Diffractées
et illuminées, les présences incarnées apparaissent
merveilleusement insaisissables. Enchantée, la réalité
n’écrase plus. Elle danse.
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| Percevoir, c’est se souvenir. L’enfance
nomade qui a mené l’artiste d’Algérie
jusqu’en Iran lui a donné pour toujours le goût
oriental des voiles, des moucharabiehs, des facettes ; du secret.
Du vertige aussi : expérimentés lors de l’escalade
de tours du silence - au sommet desquels les morts étaient
offerts en pâture aux oiseaux - ou en contemplant des derviches
tourneurs, il est des frissons indélébiles. D’où
surgit l’amour de tout ce qui nimbe ou qui bruisse, vibre
ou se déroule ; celui des tamis et des enchaînements.
Trouver des matières qui donnent l’impression
que l’on peut passer au travers… Grilles, résilles
ou dentelles, toutes les claires-voies sont mises à contribution
afin que le souffle circule librement. Métal, miroir, émail,
verre, et plus récemment électricité : tout
ce qui diffracte et diffuse la lumière est aussi mis en jeu.
Une invitation au bonheur de voir et au questionnement
du regard : voilà l’objectif. Et aussi, jouer
avec les gens. C’est peut-être ma façon de dialoguer.
L’élément simple utilisé comme point
de départ constitue un ancrage et un tremplin. Métamorphosé
en labyrinthe, il propose aux regards et aux esprits des aventures
inédites légères, des cheminements poétiques
souples. Spirales et arabesques génèrent, de concert,
des sensations et des effets de tourbillons, d’ascensions.
Il ne s’agit pas de mystique mais d’élan,
donné à l’existence.
Françoise Monnin, juin 2011
Les propos de l’artiste ont été recueillis
dans son atelier à Paris.
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